Samedi 13 décembre 2008 6 13 /12 /2008 11:02
Je suis chez moi. C'est étrange parce que ça fait longtemps que je ne considère plus cet endroit comme étant chez moi, plus depuis que j'en suis parti. Mais là si. Comme un retour aux racines. Mais quelque chose cloche. Quelque chose de pas naturel dans l'air.

Il fait beau.

C'est donc ça. Le ciel bleu, la chaleur étouffante : nous ne sommes pas en été, je suis donc dans un rêve.
Depuis que je suis parti de cet endroit, il résonne comme un lieu maléfique. Un lieu dans lequel serait renfermé tout le Mal de la planète. Ou peut-être juste le Mal qui me ronge de l'intérieur.

C'est une impasse.  Une impasse fleurie de belles villas habitées par des plus grands. Avocats, pharmaciens, docteurs, banquiers... Mais c'est cet aspect d'impasse qui me choque, comme une évidence. Cette impasse ne peut être une étape dans un voyage, le voyage de la vie. Non, c'est ici que tout a commencé, et tout finira.

Et puis je le vois, sortir de la maison. Lui. Le mal absolu. Son sourire de toujours aux lèvres, le sourire de façade qui séduit tant ceux qui ne le connaissent pas, et qui est tant menaçant lorsqu'on sait ce qu'il cache. Il me regarde. C'est terrifiant de voir à quel point nos visages se ressemblent. Cette façon de représenter tout ce que je ne veux pas être et à la fois d'avoir mon visage est tellement déstabilisante. Comme si il représentait mon côté obscur, comme si toute la cruauté que je refoule se matérialisait en cet homme. Il n'est pas difficile, partant de là de comprendre pourquoi j'aime tant Star Wars.

Mais ce n'est pas lui qui m'intéresse. Ce sont les voisins. Ses complices. Les voilà qui sortent les uns après les autres de leurs maisons. Avec chacun une énorme poubelle à aller déposer au coin de la rue. Ils doivent tous passer devant moi. Et je les regarde, le regard mauvais, me remémorant tout le mal qu'ils m'ont fait, et surtout tout le mal qu'ils ont manqué de me faire, par bêtise, par avidité, par sentiment identitaire ou par luxure. Je regarde cette salope. Tout bonnement superbe dans ses vêtements de pharmacienne. Même pour sortir les poubelles, elle est magnifique. Et dans son ventre, un bébé. Il doit avoir grandi maintenant. Il y a une chance sur deux que ce soit mon petit frère. Je la hais pour ça.

Elle passe devant moi, et les autres à sa suite, sans me jeter un regard. Elle a raison. Qu'ils continuent à m'ignorer. Moi aussi j'ai une poubelle à descendre. Alors je les suis. J'arrive à la benne où je les vois discuter, et galérer à jeter leurs sacs. Avec une aisance juvénile tant qu'onirique, je soulève le mien, bien que plus lourd, et les prends de vitesse dans leur tâche.

Derrière moi trois filles me regardent. Trois superbes jeunes femmes que je ne connais pas. Une blonde et deux brunes. Je sais que je suis bien habillé, bien apprêté et leur lance un regard de séduction à tout hasard, au cas où celui-ci marche. Et il marche. La blonde sourit, me montrant que oui, elle pourrait être disponible pour moi.

Mais ça ne m'intéresse pas. Pas pour le moment. Le seul effet qu'elles auront eu est d'avoir encore un peu augmenté la température étouffante que je ressens. De sentir toute cette pression. Je ne sais pas tout ce que cela signifie alors je remonte vers ma maison et y trouve Vincent. Il a bien grandi maintenant. C'est un homme. Et à côté un autre Vincent. Un peu plus jeune. Ce doit être son petit frère. A force de ne pas voir mon ami, j'ai fini par le confondre, lorsque je lui rends visite tous les trois ou quatre ans, avec son petit frère, tant je m'imagine qu'il ne PEUT PAS avoir tant changé. Il ne PEUT PAS avoir tant changé sans moi. Nous sommes censés être amis. Rien n'est censé nous séparer, nous devons grandir ensemble.

Et puis toute cette haine, toute cette violence, toute cette culpabilité prend corps. C'est SA faute à elle. La voilà qui remonte l'espèce de chariot improbable qui lui a servi à descendre ses poubelles. La voilà, elle qui symbolise mes voisins, qui symbolise tant de choses. La voilà, elle. Je saute dessus en un bond défiant toute gravité et dans un même geste, arrive sur son cou et y plante un poignard. Cette fois ses yeux me regardent. Ils sont terrifiés, implorants, surpris, et en même temps semblent comprendre la justice qu'il y a derrière cet acte de folie. Moi mes yeux sont tous ronds. Gigantesques et injectés de sang, comme voulant sortir de leurs orbites. Toute cette violence retenue en moi qui explose soudain. J'arbore un sourire dément. Un sourire de psychopathe hollywoodien. Celui qui ne rassure pas, celui qui terrifie. Celui qui me terrifie. Son sourire.

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Commentaires

Moi qui voulait lire un ti texte léger avant d'aller bosser c'est raté. une fois de plus t'as réussi à me donner des frissons...c'est pas tant les mots mais ce qu'il y a derrière... <3
Commentaire n°1 posté par Dadou le 25/03/2010 à 12h16
Oui, pour le texte léger c'est raté. Ca c'est un rêve-cauchemar que j'ai écrit directement au milieu de la nuit, en me réveillant.
A force de me faire relire mes textes tu me fais voir une constante : quand je parle de violence, tout se passe dans les yeux (encore) et c'est souvent le poignard ou le couteau qui domine. j'imagine que j'ai une certaine fascination pour cette arme, qui met l'assaillant et la victime directement face à face.
Mais l'image qui m'a fait écrire le texte, au délà du délire brumeux, c'est l'image de ce sourire, difficilement descriptible. C'est un sourire que je connais par coeur, mais qui me crée des sentiments que j'ai du mal à écrire. Un jour, j'y arriverai. Mais il faudra peut-être toute une histoier pour vous amener à comprendre ce qu'il y a derrière ce simple sourire
Réponse de Medigane le 25/03/2010 à 13h06
 
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