Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /2008 10:53
« Ah oui. J'y suis tout de même allé plus fort que ce que je pensais. »
C'était ma première pensée le lendemain.



     Bon, ma première pensée, mais pas ma première impression. C'est drôle les gueules de bois parce qu'on ne sait jamais à quel moment on est vraiment réveillé. Ce matin là, j'avais commencé à émerger avec la certitude d'avoir trop forcé sur la bouteille la veille, mais sans savoir exactement ce qui c'était passé. Je me sentais en phase avec l'univers. En phase avec la galaxie, mais pas avec mon lit. Clairement, je pouvais sentir la terre tourner. Elle tourne quand même à 40000 kilomètres par jour, c'est pas rien ! Et ben moi, à ce moment là, je sentais la Terre tourner, et je tournais deux fois plus vite qu'elle.

     Et puis les choses ont commencé à se remettre dans l'ordre : Nida était mort. J' étais sorti boire pour honorer sa mémoire. Je me souviens à peu près des trois premiers bars dans lesquels j'étais allé, mais la suite... En tout cas un coup d'œil de chaque côté de mon lit m'en assura : j'ai dormi seul. Tant pis, je crois qu'il n'y a vraiment que dans les films où le héros se réveille au côté d'une superbe créature après avoir dormi.

     Je me levais alors maladroitement, et, tout en tenant les murs, me dirigeais vers les toilettes pour dessaouler un bon coup. Vomir, il n'y a que ça de vrai pour faire tomber d'un seul coup le taux d'alcoolémie. Et comme, mine de rien, j'étais assez en forme pour aller aux toilettes, pas question de faire dans mon lit ou par terre : trop lourd à nettoyer. Je me suis donc levé en direction des toilettes. En m'accrochant aux murs pour ne pas tomber, je m'imaginais ressembler à un petit garçon qui se guide des murs pour ne pas se cogner en pleine nuit. Sauf qu'il faisait jour.


Et puis je suis tombé sur mon reflet dans le miroir.

     Bon, évidemment, au vu de l'état dans lequel je me trouvais, fallait pas s'attendre à un chef d'œuvre. Mais tout de même ! De l'autre côté du miroir me fixait un grand homme noir, qui se tenait au mur en réussissant l'exploit d'avoir l'air à la fois ahuri, malade et fatigué. Et c'est homme, c'était Nida !

     « Ah oui, j'y suis tout de même allé plus fort que ce que je pensais. » fut donc ma première pensée, ce jour là. Pensez donc ! Se réveiller le lendemain en imaginant sa tête comme étant celle d'un autre !
Mais je continuais mon périple en arrivant aux toilettes, et en faisant ce que j'avais à faire.





     Ce n'est que plus tard, bien plus tard, lorsque mes capacités étaient, normalement, bien revenues que je commençais à m'inquiéter sérieusement : mon reflet m'indiquait toujours la tête de Nida. Pire, lorsque je regardais mon corps de mes propres yeux, je le voyais comme j'avais toujours imaginé mon avatar. Et lorsque je passais ma main dans les cheveux, je les sentais courts et crépus. Finis les cheveux roux ! Bon, forcément, il y avait pire corps dans lequel se lever en matin. Et pour cause ! J'avais créé Nida dans le but d'en faire ma version de l'homme parfait ! Je n'allais pas me plaindre de me retrouver dans ce corps !

     Et puis, au fur et à mesure que les heures passaient, un doute envahit mon esprit. Et si j'avais réellement l'aspect de Nida ? Je m'étais alors pris en photo. Et la photo montrait bien toujours ce corps noir comme étant le mien. Mais si mon esprit était toujours en train de me tromper, il en ferait de même avec la vision d'une photo. Le seul moyen d'être sûr, serait alors de confronter cette vision des choses avec quelqu'un d'extérieur.

     Je m'habillais donc rapidement, en choisissant mes vêtements les plus amples possible puisqu'il semblait que je sois plus grand que moi ! Et me dirigeais vers la rue. J'allais à une boulangerie, juste à côté de chez moi.


     En entrant, je regardais tout autour de moi, avec la nette impression d'être un monstre de foire que tout le monde allait dévisager. Mais il n'en fût rien. Pour les autres clients, j'étais une personne tout à fait ordinaire. Lorsque mon tour fût venu, je commandai une baguette puis lançais à la boulangère, l'air de rien :
_ « Au fait, madame, pourriez-vous me dire de quelle couleur je suis, s'il vous plait ?
_ Pardon ? Et bien vous êtes en vert, pourquoi ?
_ Non, je voulais dire : de quelle couleur de peau ?
Elle semblait surprise, puis hésitante :
_ Et bien... vous êtes... de couleur ! Voilà monsieur, bonne journée. » conclut-elle rapidement comme pour se débarrasser de moi et de ma question embarrassante.


     Je sortais de la boulangerie dans le désarrois le plus total. Je m'interrogerai plus tard sur le fait que la boulangère n'arrivait pas à dire le mot « noir » : j'étais vraiment devenu Nida. Je ne savais pas comment j'avais fait, je ne sais pas combien de temps se passerait avant que je ne me réveille et redevienne moi-même.

En attendant, j'allais en profiter !

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